Analyse | Du cœur et du courage, mais toujours à court
TORONTO – C’est un cas typique du verre à moitié vide ou à moitié plein. Le Canadien, en dépit de ce qu’une brève lecture des statistiques pourrait laisser croire, s’est bien défendu contre les Maple Leafs samedi soir, sans toutefois atteindre son objectif. Une victoire en temps réglementaire l’aurait assuré d’une première qualification éliminatoire en quatre ans. À défaut d’y être parvenu, vaincu 1-0 en prolongation, le CH a tout de moins arraché aux Torontois un point de classement qui complique drôlement la vie de la seule autre équipe toujours vivante dans la course dans l’Association de l’Est, soit les Blue Jackets de Columbus. Faisons simple ici. Il existe un seul scénario dans lequel les hommes de l’Ohio parviendraient à rattraper le Canadien. Ils doivent remporter leurs trois derniers matchs en 60 minutes et espérer que les Montréalais ne récoltent pas plus d’un point à leurs deux dernières rencontres. Une probabilité négligeable, mais une probabilité quand même. Le match maintenant. Après plus de 50 minutes de jeu, Toronto avait 30 tirs au filet et le Canadien 8. Pourtant, Est-ce là de l’aveuglement volontaire? Pas vraiment. Certes, Jakub Dobes a sauvé la mise à quelques reprises – notons son vol du bout de la jambière sur un retour de tir de Nick Robertson, son déplacement in extremis pour fermer l’ouverture devant Mitch Marner et les nombreuses fois où il a résisté aux assauts de John Tavares – il demeure qu’à forces égales, le Tricolore a obtenu plus de tentatives de lancer que l’adversaire et environ le même nombre de chances de marquer. Au bout du compte, chacune des deux équipes a décoché 57 rondelles, même si le CH en a cadrées beaucoup moins. L’unité d’infériorité a été particulièrement efficace en troisième période après une mauvaise punition de Michael Pezzetta qui a d’ailleurs sonné le glas de sa soirée. L’équipe a même eu à se défendre pendant 18 secondes à cinq contre trois, ce qu’elle fit avec brio. Autre amélioration notable par rapport à la déliquescence de la veille à Ottawa, le début de match s’est avéré bien plus convaincant. Vendredi soir, visiblement remonté par la prestation décevante de ses hommes, St-Louis lesavait défiés, à mots à peine couverts, de s’en remettre rapidement et de faire mieux samedi soir, à commencer par son capitaine, Nick Suzuki, dont le trio avait été complètement éclipsé par celui de Shane Pinto. Cette fois, Suzuki se mesurait à celui d’Auston Matthews. Pas nécessairement une sinécure sur papier. En effet. Suzuki adisputé 10 de ses 17 minutes de temps de jeu à cinq contre cinq contre Matthewspendant lesquelles le Canadien a obtenu 80% des tirs tentés. Joyeuse correction. Tous ces petits gains, Kaiden Guhle a choisi de les voir comme un bon signe. Les joueurs duCanadien avaient l’impression de bien jouer dans cette rencontre même si les Leafs arrivaient à placer des rondelles au filet contrairement à eux. Jadis, naguère, les jeunes du CH auraient pu s’impatienter et s’écarter de leur stratégie. Tout ça est bel et bon, l’on en conviendra, mais ça ne change rien au résultat final. Le CH est débarqué à Toronto pour y repartir en conquérant et entrer en séries par la grande porte et ce dossier s’éternise. Le temps des victoires morales est révolu, les leçons, supposément apprises. Ce n’est plus l’heure d’étudier, mais d’exécuter; c’est ce que répète St-Louis depuis plusieurs jours déjà. Alors, oui, il y avait un peu de frustration dans l’air malgré tout, a admis Matheson. Montréal piétine, trébuche, voit la ligne d’arrivée, mais n’y arrive pas sourire aux lèvres. C’est bien rare que l’on conclue un marathon autrement que sur les rotules. N’empêche que cette faculté de redresser rapidement la barque que les joueurs ont développé cette année leur sera drôlement utile en séries éliminatoires. Si séries éliminatoires il y a, évidemment. Indépendamment de ce que les Jackets feront de leur temps, Montréal souhaitera utiliser le sien de la bonne manière. Et le discours de St-Louis ne changera pas. Gardez le cap, jouez la game qui est devant vous, comme ce soir et les choses vont marcher. Je suis fier de la manière dont ils ont joué. On s’est battus, on a joué avec notre cœur. Ça va en prendre encore un peu.c'est un match solide pour nous
, dira Mike Matheson dans le vestiaire. C’est une équipe qui bloque beaucoup de tirs, on lançait sur les jambières, sur les bâtons. Mais il y avait de l’intensité et de l’engagement des joueurs, on s‘est défendus. Le désavantage numérique a fait le travail. Dobes a été excellent. C’est un gros point
, a estimé Martin St-Louis.Tu ne sais pas exactement ce que sera la confrontation [quand tu joues à l’étranger]. J’étais content que ce soit celle-là, ç’a donné une chance à ce trio de se corriger
, a fait valoir le patron.Juste avant Noël, si on avait été au cœur d’un match comme celui-là où on se faisait dominer aux tirs au but, on aurait peut-être tenté de forcer les choses. Là, on a conservé le même rythme, on est restés fidèles à notre style de jeu. On croit au fait que si on joue de la bonne manière, on sera récompensés. C’est ce qui nous a permis d’avoir des séquences victorieuses sur lesquelles bâtir cette saison
, a laissé tomber le défenseur, lui-même bien meilleur que la veille.
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